13/10/26

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Will Newman : « Je préfère donner mes conseils gratuitement »

Will Newman, avocat à New York, explique quand attaquer aux États-Unis, comment il trouve ses clients et pourquoi il conseille gratuitement.

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Will Newman : « Je préfère donner mes conseils gratuitement »

Pour ce nouvel épisode du Cheat Code, nous avons reçu Will Newman, avocat en contentieux à New York depuis près de vingt ans. Une particularité : une partie de sa clientèle est française, et il a fait l'effort de mener tout l'échange en français. Il nous explique comment il a développé sa clientèle de ce côté de l'Atlantique, ce qui distingue le métier à New York et à Paris, et à quel moment un litige aux États-Unis devient réellement pertinent.

De l'Orangina à New York : pourquoi la France

Tout commence sur les bancs de l'école. Dans ses manuels de français, Will découvre des Français qui vont à la plage, font du ski et boivent de l'Orangina. Il se promet alors de venir un jour en France. Une fois sur place, il est frappé par l'accueil de tous ceux qu'il rencontre, et par une évidence : beaucoup de Français voient les États-Unis comme une terre d'opportunités et veulent y travailler, ou travailler avec des entreprises américaines.

Sa clientèle reste majoritairement américaine, mais la France arrive juste après. Pour y parvenir, il fait un effort constant pour être connu des avocats et des cabinets français. En plus du contentieux, il accompagne aussi ses clients dans les enquêtes menées par le gouvernement américain.

Être avocat à New York

Le premier réflexe serait d'imaginer un métier « comme à la télé ». La réalité est plus nuancée. New York concentre les plus gros bureaux de nombreux cabinets internationaux, où l'on passe parfois six jours par semaine au bureau, du très tôt au très tard. D'autres avocats travaillent depuis chez eux avec une vie plus agréable. Mais un point fait consensus : être disponible pour ses clients, y compris le soir et le week-end, répondre aux e-mails et décrocher le téléphone.

Comparés à leurs confrères new-yorkais, Will trouve les avocats français plus détendus. Il l'explique notamment par les montants en jeu : aux États-Unis, les litiges portent souvent sur des centaines de millions, voire des milliards de dollars, ce qui crée une forte pression. Il admire aussi la capacité des cabinets français à rester très engagés pour leurs clients tout en conservant une ambiance plus familiale.

Attaquer aux États-Unis : à partir de combien ?

Will intervient le plus souvent quand une entreprise française veut agir en justice contre quelqu'un aux États-Unis, ou récupérer de l'argent et des biens qui s'y trouvent. Le principal défi est économique : la justice américaine est souvent lente et plus coûteuse qu'en France. Récupérer 50 000 euros y est fréquemment impossible, parce que la procédure coûterait davantage que la somme en jeu.

Son seuil de pertinence se situe plutôt autour de 200 000 euros. Mais tout se joue en amont, dans le contrat : prévoir que la partie qui perd un litige paiera les honoraires d'avocat de l'autre, ou insérer une clause d'arbitrage pour éviter les tribunaux américains. Avec ce type de clause, il devient possible d'agir et de récupérer non seulement la somme due, mais aussi les frais engagés. L'actualité lui apporte aussi de nouveaux dossiers : de nombreuses entreprises cherchent aujourd'hui à récupérer les droits de douane qu'elles ont payés, un sujet nouveau pour tout le monde.

IA, marketing et petits cabinets

Sur l'intelligence artificielle, les avocats new-yorkais sont aussi partagés que les français. Longtemps méfiant, notamment pour des raisons de confidentialité, Will utilise désormais Lexis AI pour vérifier qu'il n'a rien oublié dans ses recherches. Il préfère consacrer son temps aux clients et aux audiences plutôt qu'à l'expérimentation de multiples outils.

Côté marketing, la différence avec la France est frappante pour les avocats en dommages corporels (personal injury), dont les publicités couvrent les bus, les panneaux et les journaux. Pour le contentieux commercial, en revanche, les clients ne cherchent pas leur avocat sur un panneau : il faut être là où ils sont, dans les conférences, les événements et les publications. Will écrit régulièrement, par goût du sujet, mais aussi parce que c'est « son type de publicité ».

Il observe enfin un mouvement de fond : grâce à la technologie, il n'est plus nécessaire d'avoir des dizaines de collaborateurs pour mener un grand litige. De plus en plus d'avocats quittent les gros cabinets pour lancer leur propre structure, et pour un jeune avocat, un petit cabinet offre souvent plus de responsabilités.

Donner ses conseils gratuitement

C'est peut-être le conseil le plus contre-intuitif de l'épisode. Quand un Français veut parler à un avocat américain, la première conversation est normalement gratuite. Même lorsqu'il ne peut pas prendre le dossier, Will préfère donner ses conseils gratuitement : pour se faire connaître, mais surtout pour apprendre. La prochaine fois qu'un client arrivera avec un problème similaire, il pourra lui dire que ce n'est pas la première fois qu'il l'entend.

Son message aux avocats français : le contentieux américain peut sembler effrayant, mais il se prépare. En parlant tôt à un avocat américain et en rédigeant les contrats en conséquence, on peut prévoir la plupart des difficultés. Et aux jeunes avocats tentés par New York, « la meilleure ville du monde » selon lui, il conseille de ne pas rester à Manhattan et de découvrir aussi Brooklyn et le Queens.

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Un échange rare sur la pratique du contentieux entre la France et les États-Unis, la façon de se faire connaître et l'évolution du métier d'avocat. À retrouver dans son intégralité sur Le Cheat Code par OURAMA.