12/10/26

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Julia Zein : « Il était payé 10 000 euros de plus que moi »

Julia Zein, avocate associée chez Altaïr Avocats, parle rétrocession, maternité, installation et entrepreneuriat au barreau dans Le Cheat Code par OURAMA.

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Julia Zein, avocate associée chez Altaïr Avocats, brise l’omerta

Pour ce nouvel épisode du Cheat Code, nous avons reçu Julia Zein, avocate en droit du travail depuis 2012 et associée chez Altaïr Avocats, où elle a créé le pôle droit du travail et stratégie sociale. Passée par CMS Francis Lefebvre puis Franklin, elle a cofondé un premier cabinet, créé believe.avocats, avant de faire un choix plus rare : rejoindre un collectif. Elle a aussi fondé RISE, un cercle d’avocats tourné vers l’entrepreneuriat. Salaires, maternité, installation : elle parle sans langue de bois de sujets que la profession préfère souvent taire.

Ce qu’elle s’est promis de ne jamais reproduire

Julia Zein le dit sans détour : elle a mis du temps à se sentir avocate. En cabinet, elle a appris la rigueur, mais aussi ce qu’elle ne voulait pas devenir. Elle décrit une tendance à humilier les très jeunes stagiaires et collaborateurs, un management par la peur, des cris, des comportements déplacés de certains associés. « J’ai vu plein de collaborateurs pleurer, des stagiaires pleurer. »

La confrontation ne s’arrête pas au management. Encore aujourd’hui, des confrères hurlent au téléphone en négociation. Sa réponse est devenue simple : « Je dis que je vais raccrocher, et je raccroche. Et ça fonctionne. »

S’installer sans stress : 4 heures facturées par jour

Ce qui retenait Julia Zein de s’installer, ce n’était pas la peur de ne pas gagner sa vie. La facturation horaire lui avait montré qu’en générant seulement 4 heures de travail facturé par jour, elle s’en sortait déjà très bien. Avant de se lancer, elle a mis un an de trésorerie de côté.

Son conseil aux avocats qui veulent s’installer : ne pas engager de frais mirobolants. Pas besoin de locaux superbes ni d’un site dès le premier jour, on peut commencer petit à petit et la clientèle viendra, surtout dans des matières comme le droit du travail, le droit fiscal ou le droit des sociétés.

Pour combler ses lacunes commerciales, elle a fait un choix peu courant chez les avocats : intégrer une école de vente, formée par des non-avocats. Six mois de conférences et d’exercices, jusqu’au cold call, pour 10 000 euros qu’elle n’a jamais regrettés. Sa conviction : un avocat en conseil est aussi un prestataire de service, et il doit apprendre à se vendre.

De l’indépendance à l’association chez Altaïr Avocats

On présente souvent l’indépendance comme l’aboutissement ultime pour un avocat. Julia Zein a fait le chemin inverse. Approchée par des chasseurs de tête, elle craignait au départ de ne pas trouver sa place, en tant que jeune femme, dans un cabinet comptant surtout des associés hommes. Les rencontres l’ont convaincue du contraire.

Sa méthode pour préparer une association : prendre le temps. Des conversations longues, des simulations financières, des questions poussées sur la culture du cabinet, le parcours d’association et la trésorerie, au point qu’un chasseur lui a fait remarquer qu’elle posait trop de questions. Elle a rejoint Altaïr Avocats en septembre en gardant sa liberté de ton : « le jour où je ne le serai plus, je partirai ».

Maternité : le grand tabou de la profession

Enceinte de son deuxième enfant au moment de l’enregistrement, Julia Zein pointe une difficulté très concrète : quand on est à son compte, l’assurance du barreau ne verse que 58 euros par jour en complément des indemnités de la Sécurité sociale, sans aucun lien avec le chiffre d’affaires. Pour les collaboratrices, c’est souvent une source de tension avec des associés qui gèrent mal leur trésorerie. Et avec des journées de 9h à 20h30, « tu fais comment ? Tu attends le week-end pour avoir tes enfants ».

Pendant son premier congé maternité, elle a confié son cabinet à son ancienne maître de stage. Un client est parti avec elle. Sa lecture est désarmante : « Si les clients partent avec l’autre avocat, c’est qu’il était meilleur que toi. » Ce relais lui a permis de profiter de son bébé pendant cinq mois. Son seul regret : avoir tout repris à fond trop vite. Cette fois, elle prévoit trois mois et une reprise progressive.

Rémunération et visibilité : en finir avec l’omerta

Il n’y a pas de grille de salaire et personne n’en parle. Julia Zein en a fait les frais : elle a appris qu’un collaborateur de son équipe, au même cursus et à la même ancienneté, était payé 10 000 euros de plus qu’elle par an, alors qu’elle avait bien négocié. D’où un conseil, en particulier aux avocates qui visent l’association : en parler, demander, et sur l’argent, toujours demander plus.

Elle assume aussi de s’exprimer sur LinkedIn, quitte à essuyer quelques moqueries. Sur ce réseau, rappelle-t-elle, les articles de fond n’intéressent personne. Cette visibilité lui a ouvert beaucoup de portes, jusqu’aux chasseurs de tête qui l’ont repérée. Et à la jeune avocate qu’elle était, elle dirait simplement que ça va finir par bien se passer : qu’elle sera avocate, et heureuse.

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Un échange sans filtre sur la rémunération, la maternité et l’entrepreneuriat au barreau. À retrouver dans son intégralité sur Le Cheat Code par OURAMA.